L'intelligence artificielle n'existe pas : ce sont des outils
L'intelligence artificielle n'existe pas.
Le terme « IA » (intelligence artificielle) est partout, dans les journaux, dans les offres commerciales, dans les réunions. Il porte pourtant une promesse que ces outils ne tiennent pas, et la façon dont on les nomme finit par changer la façon dont on s'en sert.
Ce que le mot dit vraiment
En anglais, l'abréviation est AI, pour artificial intelligence. Le mot intelligence y a deux sens. Le premier est celui que l'on entend au quotidien : la capacité de comprendre et de raisonner. Le second est celui du renseignement, comme dans la CIA (Central Intelligence Agency, les services de renseignement américains), dont le travail est de collecter et de fournir de l'information.
Les outils que l'on appelle IA relèvent bien davantage du second sens. Vous leur écrivez une demande, ils produisent une réponse adaptée, à partir de la très grande quantité de textes sur lesquels ils ont été construits. C'est une source d'information d'origine artificielle, rapide et souvent utile. À l'intérieur, il n'y a personne qui réfléchisse.
Pensez à la fonction de saisie semi-automatique de votre téléphone, celle qui propose le mot suivant pendant que vous écrivez un message. Les outils actuels fonctionnent sur un principe voisin, avec une puissance sans comparaison. Cela donne des textes très convaincants. Cela ne donne pas quelqu'un qui comprend ce qu'il écrit.
Pourquoi le vocabulaire compte
Quand on dit « l'IA a décidé », « l'IA a compris » ou « l'IA s'est trompée », on parle d'un outil comme d'un collègue. Et l'on finit par le traiter comme un collègue : on lui fait confiance, on relit moins, on lui laisse la main.
Or un outil de ce type peut produire une réponse fausse avec exactement le même aplomb qu'une réponse juste. On parle alors d'« hallucination » : l'outil invente une information qui n'existe pas, sans aucun signe pour vous avertir. Des avocats ont déjà présenté à un tribunal des décisions de justice inventées par un outil, parce qu'ils l'avaient cru sur parole.
Un tableur ne se vexe pas quand on le corrige, et il ne se sent responsable de rien. Il en va de même ici. La responsabilité d'une décision reste celle de la personne qui la prend, et de l'entreprise qui l'a confiée à cette personne. Dire « c'est ce que m'a répondu l'outil » ne vaut ni devant un client, ni devant un contrôleur, ni devant un juge.
Un bon outil, à sa place
Rien de tout cela ne retire leur utilité à ces outils. Reformuler un message, résumer un long document, proposer le plan d'une présentation, comparer deux options avec leurs avantages et leurs inconvénients : ils font gagner un temps réel.
La comparaison la plus juste est celle d'un GPS (système de guidage par satellites). Il propose un itinéraire, parfois excellent. Mais si l'écran vous demande de tourner dans un canal, vous ne tournez pas : vous restez au volant, parce que vous voyez la route et que vous en répondez.
Dans l'entreprise, cela revient à poser trois habitudes simples. Toute réponse qui sert à une décision est relue et vérifiée par une personne. Chaque usage a un responsable nommé, qui sait pourquoi l'outil est utilisé et pour quoi faire. Et l'on parle d'« outil » dans les équipes, plutôt que de « l'IA » : la nuance paraît mineure, elle rappelle à chacun qui décide.
La protection des données saisies dans ces outils est un autre sujet, qui fera l'objet d'un prochain article.
Ces outils aident à prendre des décisions qui paraissent les plus justes. Ils ne remplacent pas le jugement de celui qui les utilise. L'intelligence, dans cette histoire, est la vôtre, et celle-là n'a rien d'artificiel.
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