Cybersécurité

Cybersécurité en Martinique et en Guadeloupe : ce que la double insularité change

Illustration abstraite d'un bouclier de cybersécurité relié à deux territoires insulaires

La cybersécurité, c'est l'ensemble des moyens qui protègent votre informatique contre les attaques. Une PME (petite ou moyenne entreprise) de Martinique ou de Guadeloupe n'est pas exposée à un risque différent de celui d'une PME de l'Hexagone (la France métropolitaine). Le hameçonnage (de faux emails qui vous poussent à livrer un mot de passe), le rançongiciel (un logiciel qui bloque vos fichiers et réclame de l'argent pour les débloquer), le vol d'accès à un compte : les mêmes menaces circulent partout, sans considération de géographie. Ce qui change, ce n'est pas le risque, c'est ce qui se passe dans les heures qui suivent l'alerte. Une intervention sur place qui prend quelques heures en Hexagone peut prendre plusieurs jours aux Antilles, le temps que l'expertise ou le matériel de remplacement traversent un océan.

J'ai vu cette différence se révéler exactement au mauvais moment, en pleine crise, jamais avant. Une entreprise découvre en général qu'elle n'avait pas de plan adapté au territoire au moment précis où elle en aurait eu besoin, pas avant.

Ce que l'insularité change concrètement

Le premier réflexe en cas d'incident, c'est de chercher quelqu'un capable d'intervenir sur site le jour même. Sur ces deux territoires, ce profil est rare : s'appuyer uniquement sur une expertise hexagonale mobilisable à distance suppose d'accepter un délai de plusieurs jours avant toute présence physique, si elle s'avère même nécessaire.

Le deuxième point tient à la connexion. La plupart des solutions de sauvegarde (les copies de vos données, conservées à part) reposent sur un hébergement hors du territoire, ce qui est en général une bonne pratique. Mais si la connexion se dégrade, pour une raison aussi banale qu'une panne d'opérateur sans aucun lien avec l'attaque, l'accès à ces sauvegardes devient lui-même le problème. Beaucoup d'entreprises découvrent ce jour-là qu'avoir des données en sécurité et pouvoir y accéder sont deux choses différentes.

Le troisième, plus terre à terre, c'est le remplacement du matériel. Un serveur ou un équipement réseau qui tombe en panne pendant un incident ne se remplace pas aussi vite qu'en Hexagone. Les délais de livraison doivent être anticipés dans le plan de réponse, pas découverts pendant la crise, au moment où chaque heure compte double.

Ce qui doit changer d'ordre dans les priorités

Plus le délai d'intervention sur place est long, plus la détection précoce compte : repérer un incident à son tout premier stade devient déterminant, avant qu'il ne s'aggrave pendant les heures ou les jours où l'aide extérieure est en route. Ça suppose aussi qu'au moins une personne en interne sache exécuter les premiers réflexes de confinement (isoler un ordinateur infecté, couper un accès) sans attendre une intervention extérieure, même partielle. Attendre n'est pas une option quand l'extérieur met plusieurs jours à arriver.

Et la solidité de la connexion compte autant que la solidité des données. Une sauvegarde inaccessible faute de réseau ne sert littéralement à rien pendant la fenêtre critique de réponse à incident, même si elle est parfaitement intacte par ailleurs. C'est un point que beaucoup découvrent trop tard, et qu'on peut vérifier avant, sans attendre d'en avoir besoin.

Ce qui ne change pas : la méthode

L'insularité change la vitesse et les moyens de la réponse. Elle ne change pas la méthode qui la sous-tend. Une liste sérieuse des risques, une politique de sécurité écrite, des sauvegardes réellement testées : ces fondamentaux restent identiques, où que se trouve l'entreprise. Ce qui doit être adapté au contexte antillais, c'est le dimensionnement des délais dans le plan lui-même. Les mêmes principes, appliqués à une réalité géographique qui ne pardonne pas l'improvisation le jour où l'incident survient.

Damien JEAN-BAPTISTE Fondateur, Thrill Strategy

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